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  • Les métamorphoses des modes de vie contemporains (épisode 2)

    Le 6 octobre, 2015

    Par l’Académie du Service

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    Gilles Lipovetsky

    [EPISODE 2]

    « Métamorphoses : les modes de vie qui font les nouveaux services » était le thème de la 9ème conférence des Talents de la Relation Clients, portée cette année par la Fondation Service Lab et qui s’est déroulée le vendredi 25 septembre 2015 au Châteauform’ City les Jardins de Saint Dominique.

    Retour sur les moments forts de cette journée qui a rassemblé une fois encore, pas moins de 230 personnes, de secteurs et de métiers différents, garantissant la richesse des échanges et des rencontres.

    Pour ce deuxième épisode, nous vous proposons une synthèse de l’intervention de Gilles Lipovetsky, philosophe et sociologue : les métamorphoses des modes de vie contemporains.

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    Découvrez la synthèse audio de l’auteur (interview réalisée par Mediameeting)

    Nos modes de vie sont inséparables de la logique de consommation : il y a eu une grande métamorphose de la consommation dans les 50 dernières années.

    L’Hyper consommation est centrale dans notre vie quotidienne et devenue le principal levier de la croissance et de l’économie de notre Société : nos gestes élémentaires sont aujourd’hui pris dans une logique marchande.

    4 logiques de fond :

    1. L’Individualisation

    Pendant les grandes glorieuses la consommation était fondée sur l’équipement des ménages avec des biens semi collectifs : TV, Téléphone, Salle de bain….

    Après-guerre, favorisation de l’individualisation pour arriver aujourd’hui à un multi équipements des foyers : chacun possède l’objet, ce n’est plus une TV pour la famille mais plusieurs écrans, le téléphone fixe est remplacé par un mobile par personne… On passe donc d’une régulation par le collectif familial à une régulation au niveau de l’individu. L’hyper consommation engendre un hyper individualisme.

    Les pratiques sont également délinéarisées et désynchronisées : aujourd’hui la consommation est éclatée, à la carte. A chacun son mode de vie, ses objets, son emploi du temps, sa mode, ses loisirs, son alimentation….

    2. L’évolution des pratiques de classes

    La pression symbolique du groupe de classe a éclatée. Les inégalités de classes se sont creusées mais la surconsommation est devenue le socle idéal sous-jacent. L’identification à une classe est moins forte : la même consommatrice peut s’habiller chez Zara ou Gucci elle est nomade, volatile, imprévisible, fragmentée.

    Les attentes sont de plus en plus contradictoires : la forte attente de gratuité dans les produits culturels, de loisir (musique, films …) et le désir de posséder des marques, du luxe, premium. L’aspiration à mieux vivre, conscience de n’avoir qu’une seule vie, le souhait de pouvoir accéder à l’ensemble de l’offre malgré un pouvoir d’achat limité. On assiste ainsi à une dérégularisation de la consommation.

    3. Vers un modèle consommateur émotionnel 

    L’achat pour se montrer, se distinguer, se démarquer, pour la fierté de la vitrine sociale, montrer que l’on a réussi… est de moins en moins pertinent car les objets se banalisent. La TV, les ordinateurs, les vacances ne sont plus achetés pour se distinguer des autres mais pour vivre une expérience, du plaisir. La recherche du bien être plus que du statut social, l’achat se fait plus pour l’usage que pour l’image.

    La société d’hyper consommation coïncide avec la recherche d’une expérience émotionnelle. Il s’agit dans cette expansion des services loisirs, du capitalisme culturel, du capitalisme de l’expérience, de vendre du moderne, de l’utile, du vécu, de l’inattendu, de l’affect, de la sensation, du dépaysement. L’individu devient collectionneur d’expériences.

    Recherche du bien-être, de l’émotionnel ; on détruit les tours, on réhabilite les monuments du passé. Passage du nombre à l’esthétique, qualitatif, historique. Passion du jardin, déco, thalasso, zen, yoga, centralité du corps et des sensations.

    4. Nos modes de vie s’orientent vers des opposés :

    • hyper vitesse, sms, fast food, speed meeting culture où tout doit aller toujours plus vite, l’urgence au bureau comme dans la vie privée.
    • lutte contre l’accélération, prendre son temps pour vivre, savourer les moments vécus slow, Food, slow money … éloge de la lenteur. Eloge de la marche à pied, décélérer, lever le pied, décongestionner nos agendas
    • le mieux plutôt que le plus, l’être plutôt que avoir. La civilisation du léger. Ns rêvons de légèreté, se délester de poids excessifs qui pèsent sur notre existence. Mieux être, ds son corps et tête.
    • l’hyperconsommation
    • l’économie du partage et du collaboratif heurte de front la dynamique de l’hyper consommation. Fondée sur l’échange, le troc, le don elle touche tout le monde, tous les milieux.

    On pourrait penser que l’économie collaborative va changer le monde, les mentalités et va faire reculer la logique de l’hyper consommation. Le goût de la possession recule au profit du partage, du prêt, de la location. On loue au lieu d’acheter, on répare, on s’attache au service plutôt qu’au clinquant. C’est réel mais cela ne va pas faire disparaitre l’hyper consommation. Renforcement des marques, du premium, le désir d’être propriétaire de son logement perdure. L’homme moderne a la religion du nouveau pour rompre la monotonie, faire oublier les soucis.

    En fait le Collaboratif permet de pouvoir continuer de consommer quand le pouvoir d’achat baisse ; louer une chambre chez un particulier c’est continuer à voyager même si le budget est limité…

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    Pour poursuivre :

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